Lexique · Humidité et air
Remontée capillaire
La remontée capillaire est la migration de l'eau du sol dans une maçonnerie poreuse, par capillarité, en l'absence ou en cas de défaillance d'une arase étanche. Elle se manifeste en bas des murs par des auréoles, un salpêtre en surface, un décollement des enduits et papiers peints, avec une hauteur qui progresse lentement et se stabilise selon la porosité du matériau et l'évaporation en surface. Elle se distingue d'une infiltration ou d'une condensation par sa localisation constante en pied de mur et sa présence toute l'année, indépendante des précipitations récentes.
Elle est souvent confondue avec une infiltration latérale ou une simple condensation, deux désordres dont le traitement diffère radicalement : traiter une remontée capillaire comme une infiltration ne résout rien, d'où l'intérêt d'un diagnostic qui mesure l'humidité en plusieurs points et hauteurs du mur.
Le phénomène concerne en priorité les constructions antérieures à la généralisation des coupures de capillarité, ces barrières étanches insérées à la base des murs pour empêcher l'eau du sol de progresser. En Île-de-France, une part importante du bâti ancien, pavillons en meulière, immeubles en pierre de taille, maisons de bourg, en est dépourvue, ce qui explique la fréquence du désordre dans ces typologies plutôt que dans les constructions récentes. L'eau qui monte s'évapore en surface et y dépose les sels minéraux qu'elle transporte : c'est cette évaporation continue qui dégrade les enduits, les peintures et les plinthes en pied de mur.
Une remontée capillaire non traitée entretient un cortège de désordres secondaires : décollement des revêtements, plinthes et bas de menuiseries qui gonflent, odeur de moisi persistante et, si des bois de structure sont en contact avec la maçonnerie humide, un terrain favorable à un champignon lignivore comme la mérule. Les entreprises qui proposent une injection de résine ou une centrale d'assèchement réalisent souvent elles-mêmes le diagnostic préalable, ce qui pose une difficulté évidente d'indépendance : un diagnostic mené par un expert qui ne vend aucun traitement permet de vérifier que la cause retenue correspond réellement aux mesures relevées, avant d'engager des travaux dont le coût et le délai de séchage se comptent en mois.
Plusieurs interventions bien intentionnées aggravent le phénomène. Un enduit ciment ou une peinture étanche appliqué sur un mur ancien en pierre ou en meulière bloque l'évaporation en surface : l'eau, qui ne peut plus s'échapper au pied du mur, monte plus haut pour trouver une zone où s'évaporer. Le même effet se produit quand un trottoir, une terrasse béton ou un enrobé est coulé contre la façade, ce qui relève le niveau du sol humide et supprime la bande de terre qui laissait le mur respirer. À l'intérieur, un doublage isolant collé contre un mur humide masque les traces pendant quelques mois, puis l'humidité réapparaît au-dessus du doublage ou se manifeste par une odeur et des moisissures derrière le parement. Avant de rénover un rez-de-chaussée ancien, vérifier l'état hygrométrique des murs évite d'enfermer le problème.
Le diagnostic repose sur un profil d'humidité : des mesures relevées à plusieurs hauteurs, du pied de mur jusqu'au-dessus de la zone dégradée, sur plusieurs murs et des deux côtés lorsque c'est possible. Les humidimètres électriques de surface sont faussés par les sels présents dans la maçonnerie et surestiment souvent le taux réel ; un prélèvement analysé par la méthode au carbure de calcium donne une teneur en eau mesurée dans la masse du matériau. L'expert examine aussi l'environnement du bâtiment : niveau du terrain extérieur, pente vers la façade, état des gouttières et descentes d'eaux pluviales, présence éventuelle d'eau en cave. Le choix d'un traitement, injection, drainage périphérique, électro-osmose ou simple restitution de la respiration du mur, découle de ces constats et non de l'offre d'une entreprise.
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