Lexique · Enveloppe et façade
Arase étanche
L'arase étanche, ou coupure de capillarité, est une barrière imperméable (bitume, membrane, ou plus anciennement lit d'ardoises) intégrée horizontalement dans la maçonnerie, en général au niveau du soubassement, pour empêcher l'eau du sol de remonter par capillarité dans les murs. Absente dans une grande partie du bâti ancien, dégradée avec le temps ou court-circuitée par un enduit posé sans interruption jusqu'au sol, elle est l'une des causes structurelles les plus fréquentes de remontées capillaires persistantes.
Son absence n'entraîne pas systématiquement de désordre visible immédiatement : la remontée capillaire progresse sur plusieurs années avant que les enduits ne se dégradent en surface, ce qui explique pourquoi le diagnostic remonte souvent à une cause ancienne, jamais traitée.
En Île-de-France, l'arase étanche fait souvent défaut sur les pavillons meulière du début du XXe siècle, sur les maisons de bourg en moellon calcaire et sur une partie du bâti ancien parisien, construits avant que cette coupure de capillarité ne se généralise. Quand elle existe, elle prend la forme d'un lit de bitume, d'une membrane synthétique ou, sur les constructions les plus anciennes, d'un simple lit d'ardoises posé à plat dans l'épaisseur du mur au niveau du soubassement : ce dernier procédé, efficace tant qu'il reste intact, perd sa fonction si les ardoises se fissurent ou si le mortier qui les enrobe se dégrade avec le temps.
Repérer une arase étanche défaillante ou absente ne se limite pas à constater l'humidité en pied de mur : encore faut-il écarter les autres causes qui produisent une signature proche, une fuite de canalisation enterrée, des projections de pluie sur un trottoir contre la façade, ou un point bas mal drainé. Un enduit posé sans interruption jusqu'au sol, geste fréquent lors d'un ravalement qui ignore cette coupure, court-circuite une arase pourtant en bon état et rétablit une continuité capillaire que le mur n'avait plus. Ce tri entre plusieurs causes possibles, dont le traitement diffère à chaque fois, revient à un diagnostic technique plutôt qu'à un simple constat visuel de l'humidité.
Le diagnostic d'une remontée capillaire passe par une mesure méthodique de l'humidité. La teneur en eau du mur se relève à plusieurs hauteurs et en plusieurs points, pour tracer le profil du front humide : une humidité maximale en pied de mur qui décroît régulièrement avec la hauteur oriente vers une remontée capillaire, tandis qu'une humidité diffuse ou concentrée en partie haute évoque plutôt une condensation ou une infiltration. La présence de sels en surface, sous forme d'efflorescences blanches, complète l'analyse, car ces sels hygroscopiques continuent d'attirer l'humidité de l'air même après traitement. Les humidimètres à pointes ou capacitifs donnent des indications utiles, mais leur lecture sur une maçonnerie chargée en sels demande de la prudence.
Lorsque l'arase manque ou ne joue plus son rôle, plusieurs techniques permettent de recréer une coupure : injection dans le mur d'un produit hydrophobe qui forme une barrière, sciage du mur avec insertion d'une membrane sur les maçonneries qui s'y prêtent, ou dispositifs dits d'électro-osmose, dont l'efficacité fait l'objet d'appréciations variables selon les situations. Aucun de ces traitements ne produit d'effet si les causes annexes persistent : enduit étanche en pied de mur, terre ou trottoir rehaussés contre la façade, descente d'eaux pluviales qui se déverse au pied du mur. Le séchage d'un mur traité prend du temps, plusieurs mois voire davantage selon son épaisseur, et l'enduit de finition doit rester perméable à la vapeur d'eau pour permettre cette évacuation.
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